Patrick Drahi « IMAGINE »-t-il vendre SFR ?

7 avril 2025

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Depuis l’arrivée de Free sur le marché en 2012, les opérateurs français rêvent d’un retour à trois acteurs afin d’améliorer leurs marges dans un marché mature et fortement concurrentiel. Une tentative de consolidation avait déjà échoué en 2016, en raison des exigences de l’État français et des régulateurs européens.

En ce printemps 2025, la perspective d’une cession de SFR ravive l’intérêt des autres opérateurs, notamment Bouygues, Iliad (Free) et Orange, bien que ce dernier ne puisse pas absorber SFR sans provoquer un déséquilibre majeur du marché.

Même si Altice, maison mère de SFR, ne confirme rien, plusieurs indices convergent : contacts avec des banquiers et avocats, vente récente du pôle médias BFMTV-RMC, et surtout l’accord signé avec les créanciers en février 2025, qui allège la dette d’Altice France de 8,6 milliards d’euros en échange de 45 % du capital. Cet allègement ouvre une « fenêtre de tir » pour la vente de SFR, d’autant que les créanciers souhaitent récupérer leur argent rapidement.

Le scénario privilégié serait une cession avec partage des actifs entre les opérateurs français, stratégie déjà envisagée en 2016. Bouygues pourrait jouer un rôle central, en raison de son partenariat de réseau avec SFR. Toutefois, la prudence reste de mise, notamment en attendant un éventuel assouplissement des règles de concurrence à Bruxelles.

Parallèlement, le scénario d’une vente à la découpe est sérieusement envisagé : data centers, opérateur d’infrastructure XPFibre, clientèle mobile et fixe, licences, boutiques, et autres actifs pourraient être vendus séparément au plus offrant, français ou étranger. Les groupes saoudiens (STC), émiratis (Etisalat) ou indiens (Bharti Airtel) sont mentionnés comme intéressés, bien que leur entrée en France puisse susciter des résistances politiques, comme cela a été le cas en Espagne avec Telefonica.

Pour Drahi, un acteur étranger présenterait l’avantage d’éviter les lourdeurs antitrust, mais le prix de vente serait sans doute inférieur à celui d’un regroupement national.

La question du prix est cruciale. Patrick Drahi estime que SFR vaut au moins 25 milliards d’euros, quand certains analystes l’évaluent plutôt à 20 milliards, voire moins, en raison de ses contre-performances commerciales et de la perte de plus d’un million d’abonnés depuis 2023. Toutefois, il a démontré par le passé sa capacité à vendre ses actifs à bon prix, comme avec BFMTV-RMC.

Le timing sera également déterminant : malgré le report de ses échéances de dette à 2030, une transaction rapide permettrait de devancer les lenteurs administratives et les incertitudes politiques liées à la présidentielle de 2027. En résumé, si Drahi décide de vendre SFR, ce sera à ses conditions, mais il devra manœuvrer avec finesse dans un jeu complexe mêlant intérêts économiques, contraintes réglementaires et enjeux politiques.

La CFTC prévient : toute tentative de vente de SFR ne se fera pas dans l’ombre. Nous serons intraitables face à toute menace sur l’emploi. Si une consolidation devait mettre en péril les salariés, nous agirons sans la moindre concession.

 

 

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